la-bel10[1]

 

J'ai bien dormi depuis mon dernier billet ici, en avril 2013... D'ailleurs, si, en ouvrant les yeux, la belle au bois dormant avait vu la moitié du quart de ce qui a sauté aux miens quand j'ai repris vie, le prince charmant aurait ramassé un triple coup de boule rotatif sur l'arête du nez. Franchement, pendant que je ronflais paisiblement dans ma chambre, vous auriez pu ranger un peu la vôtre. Le monde est en vrac. Je ne vous félicite pas.

Tout ça m'a donné envie de penser... à autre chose. J'aurais pu vous entretenir des antagonismes qui divisent l'Islam et dont on ne vous parle jamais; du Hezbollah qui passait malencontreusement dans un tunnel quand le Hamas l'a appelé à ouvrir un second front; du clan Qawasameh dont le nom vous serait familier si la malbouffe de l'info ne privilégiait pas le volume au détriment du contenu; du gloubiboulga hétéroclite qui tisse la majorité de gouvernement en Israël; de l'instructive et méconnue biographie du maréchal-président Abdel Fattah al-Sissi... Mais la vie est longue, n'est-ce pas? Nous verrons cela plus tard, peut-être. Mais avant, rafraîchissons-nous.

Je le rappelleskyche10[1], le fonds de commerce de mon rade, c'est la promotion d'un exercice fondamental: penser par ses propres moyens. Rechercher des liens de cause à effet, décrypter des systèmes, éprouver et optimiser son sens critique en ces temps où nos cerveaux ont à traiter le plus grand volume d'informations jamais déversé sur des neurones humains. Etre un citoyen aussi éclairé que possible plutôt qu'un obscur administré. L'autre jour sur Twitter, j'ai vu passer le lien d'un article confrontant la théorie des "chemtrails" à quelques faits simples et têtus. La théorie des "chemtrails", c'est cette frivolité qui promeut l'idée selon laquelle des agences gouvernementales mettraient des cochonneries dans les traînées de condensation des avions pour prendre le contrôle du climat, de la démographie et de l'économie. C'est par là: ***clic!***

Cet article m'a bien plu. Ecrit dans un français agréable, il s'appuie sur des faits, cite des sources, s'avère exempt de traces d'hystérie individuelle ou collective, et nous fait grâce des divers fondamentaux de Schopenhauer auxquels il faut bien s'astreindre quand on n'a pas d'arguments (1). En soi, c'est déjà beaucoup. Sur la blogosphère "engagée", c'est d'autant plus remarquable. J'ai donc eu plaisir à lire ce billet dans les instants qui ont suivi sa parution. Puis un tweet de l'auteure a prédit des commentaires épiques. Saisi d'un élan taquin, votre serviteur a donc aussitôt commenté l'article (sous le pseudo "JML") en parodiant la théorie du complot, sur le thème du monoxyde de dihydrogène (non-initiés, jetez un œil à Google SVP) et de la manière dont, congelé, il trouble, sitôt mis à son contact, le whisky single malt non filtré à froid. D'autres ont saisi la balle au bond et témoigné des effets de cette substance sur leur pastis du soir.

La blague s'est installée, et c'est fier de mon mauvais coup que je suis parti vaquer à d'autres occupations. C'est alors qu'un torrent de commentaires est tombé, parmi lesquels bon nombre déroulaient avec véhémence, et avec autant de sérieux que de bonne foi, la théorie complotiste des "chemtrails". Plutôt que de les citer ici, je vous invite à les lire, ils s'étalent longuement sous l'article. Pour tirer le meilleur parti de cette expérience extrême, ayez la curiosité de relever, dans le détail, les éléments factuels qui les étayent et les liens de cause à effet qu'on y établit entre lesdits éléments. Ceci fait, revenez me voir, nous aurons bientôt terminé notre voyage aux frontières du réel.

Depuis le démarrage du présent blog, j'aime à vous parler, peu mais sincèrement, de ce qui ne figure pas à l'avant-plan de l'info "de masse". J'ai écrit que ce qui nous était caché pouvait s'avérer au moins aussi passionnant que ce qui nous était révélé. Mais enfin, restons-en à la pensée et laissons là les arts divinatoires. Que chacune de nos certitudes naisse sous forme d'hypothèse. Qu'elle soit mise à l'épreuve de faits avérés. Qu'on la valide en la démontrant. Tdjembeant que subsiste le moindre point d'interrogation, gardons-nous des certitudes indues. Où l'on ne voit rien, peut-être qu'on nous cache quelque chose. Mais peut-être aussi qu'il n'y a, de fait, vraiment rien... Je ne me lasse pas de mesurer la foi inébranlable qui anime certains dans leur soutien inconditionnel, parfois même virulent, à des thèses fort osées sans qu'ils ne mettent jamais en avant quoi que ce soit qui relève de l'argument construit. Et je ne peux m'empêcher de penser qu'entre leur exaltation et celle des trancheurs de têtes au nom de Dieu, il y a trop de points communs, même si le contexte diffère. Le marteau de Nietzsche et rien d'autre! Vous pouvez brailler tant que vous voulez, comme le disait Sun Tzu à Yannick Noah, si ton djembé sonne creux, c'est parce qu'il n'y a rien dedans.

 

 

De la pensée800px-Jean-Jacques_Goldman_-_may_2002 construite à la divagation de l'esprit, il n'y a qu'un pas. Il tient à ce que l'on a envie de croire, souvent par confort, parfois par peur de découvrir desalités angoissantes. Affirmer, quitte à lyncher ses contradicteurs pour hérésie, qu'une hypothèse non étayée est vraie sous prétexte que la preuve du contraire n'est pas apportée, c'est aussi valide intellectuellement que de lapider sa femme parce qu'elle ne peut pas prouver qu'elle n'a jamais couché avec Jean-Jacques Goldman. D'ailleurs, ça me fait penser... Goldman serait, selon le JDD, la personnalité préféré des Français. Et donc des Françaises. Il n'y a pas de hasard. En plus elle a tous ses disques. Il n'y a pas de fumée sans feu. Ah la garce, elle va m'entendre!

Jean-Marc LAFON

 

 

 

(1)  Cliquez ici pour découvrir "l'Art d'avoir toujours raison" d'Arthur Schopenhauer sur WikiSource.