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Il est né le divin enfant! Bon, ça, c'est fait. Un blog de plus sur le net. Pour un évènement, c'est un évènement, n'est-ce pas? Champagne! Bon, blague dans le coin, qu'est-ce qu'on fait là? 

Votre serviteur se définit comme un indépendantiste de la pensée, un intégriste du sens critique, un esthète de l'irrévérence et l'ennemi juré de la malbouffe intellectuelle. Zut alors, se dit le lecteur consterné! Encore un intello tombé de nulle part, qui a un avis sur tout et qui vient de découvrir le moyen de le faire savoir! Ah mince... Démasqué! Bien vu, c'est exactement ça!

Il y a des mots qu'on entend, qu'on prononce, et qui pourtant n'évoquent qu'une idée vague. Tenez, "les médias". C'est l'exemple type de ces choses à propos desquelles on ne se pose guère de questions. C'est dans le journal de ce matin. "Ils" en ont parlé à la radio. "Ils" l'ont montré à la télé. C'est keskydit le mec sur Internet. Autant de phrases courantes, n'est-ce pas? Courantes, mais pas anodines. Car voyez-vous, c'est vrai. Ca ne peut être que vrai. Mais si! Puisque, nom de Dieu, ils l'ont dit à la télé! Mais ces "médias", qui est-ce? Qui a conçu le message qu'on nous adresse? Un professionnel objectif soucieux d'informer? Une sphère d'influence? Suis-je informé? Manipulé? Pollué par une information non vérifiée?

La petite ville de Fouilly-les-Oies est sous le choc ce matin après que [...] Ca vous parle? Eh oui, ça vous parle. Après un drame, on est sous le choc, morbleu! Sinon ce ne serait même pas la peine de déplacer un pigiste, enfin quoi, soyez à ce qu'on vous dit! Allons faire un tour sur Google actualités et faisons une recherche avec, entre guillemets, l'expression clef "sous le choc"... Edifiant, non?

Scènes de pillage ce matin à Tombouctou après que [...] Ca aussi, ça a comme un air de déjà vu, non? Eh oui, depuis pas mal d'années, on ne sait parler de pillage que si on a dit "scènes de" avant. Ca marche aussi avec la liesse, le chaos, la panique et plein d'autres trucs. On rejoue à Gogol N'actu? Bon, là, on est pollué par une série TV (que j'aime bien, au passage) et par des scènes de sexe (mais comme ce sont ceux qui en parlent le moins, etc., on va passer à autre chose).

A ce stade-là, c'est amusant, éventuellement agaçant, mais pas bien grave. Ca évoque ce sketch de Coluche où il paraphrasait un reportage TV. "Dans les milieux autorisés, on s'autorise à penser qu'un accord secret pourrait avoir été signé...". Et le grand Coluche de conclure: "Alors ils voudraient qu'on soit intelligents et ils nous prennent pour des cons ? Ben, comment on ferait alors ?" C'est ce qu'on va essayer de voir dans ce blog!

Mais il y a autre chose, d'encore plus ennuyeux à mon sens. Avez-vous remarqué que lorsqu'un sujet chaud émerge, on lit et entend souvent, aux quatre coins de la sphère médiatique (c'est très con comme formule, je l'ai piquée dans les médias!) les mêmes argumentaires, les mêmes tournures de phrase, les mêmes mots? Les milieux politiques nous y ont habitués: ce sont "les éléments de langage". A propos du Mali, tous les membres de la majorité emploieront exactement les mêmes mots à base de terrorisme, de forces africaines et de retrait des forces françaises pour vous expliquer: "on est juste allé torcher les terroristes, et on repart demain, ce sont les forces africaines qui prendront le relai". Ce qui est par ailleurs loin d'être évident mais nous en reparlerons bientôt. L'élément de langage est une arme de saturation. Napoléon considérait la répétition comme la figure de rhétorique la plus puissante. Il avait raison. Une foutaise mille et une fois répétée devient une vérité communément admise.

L'élément de langage n'émane pas forcément des milieux politiques. Restons sur notre exemple malien. Vers la fin du second jour du conflit, j'ai monté le volume de France Info et j'ai rafraîchi la page Google Actu toutes les 5 secondes, la bave aux lèvres, en l'attendant. Mais en attendant quoi? L'élément de langage surgelé! Le prêt à penser qui traîne au congélo et qu'on sert au dîner dès qu'une opération militaire atteint sa 40ème heure. J'ai nommé l'enlisement, le bourbier! Ne rigolez pas, je l'ai eu. Et dans les temps! Grands Dieux, que de souvenirs! On l'a entendu, déjà, à propos du Golfe le 19 janvier 1991, deux jours après le déclenchement des opérations. Plus près de nous, la Côte d'Ivoire et la Libye ont eu leur lot de "risque d'enlisement" et de "nouveau bourbier". L'élément de langage surgelé, c'est de la vente d'angoisse. On ne sait que dire à propos d'un sujet, alors pour faire un papier, on exploite les peurs. Saupoudrez de risques d'attentats et de possible hausse du prix des carburants et ça vous remplit honnorablement (ou pas...) une page blanche. 

Et les sondages... Ah, les sondages! Le sondage est à l'info ce que le Diable est au bon Dieu. Tenez, dans "les médias", j'en ai découvert un sur la croissance. "51 % des sondés considèrent qu'il faut donner la priorité à ce sujet [la croissance, ndlr] plutôt que de chercher à respecter l'objectif d'un déficit limité à 3 % du PIB." Ok. Amusons-nous. Autour de vous, interrogez un échantillon représentatif de la population: un énarque, un balayeur, une caissière, un chauffeur de bus, un de taxi, un flic, un dealer, un épicier, un PDG, un militaire, un chômeur, un marin, un plombier, un clodo (pardon, un SDF, comme ça il aura moins froid), un joueur de foot et un flûtiste. Demandez-leur ce qu'est, selon eux, la croissance. Le PIB. Le déficit du PIB. Et enfin la relation entre les trois. Question subsidiaire: demandez qu'ils vous définissent "la crise". Et là, vous découvrirez que 80% des sondés ne comprennent rien à tout ça mais qu'au lieu de leur expliquer, on leur demande ce qu'ils en pensent. Mais du coup ils sont contents: puisque la majorité des sondés donnent la priorité à la croissance, on va penser comme eux. On sait toujours pas cékoitesse, mais au moins on a un avis. Jamais personne ne va donc venir leur dire, aux sondeurs: "explique-moi, informe-moi, rends-moi savant, fais de moi un pilier de la démocratie au lieu de me demander mon avis sur ce que tu me caches" !!??

Bref. "Si on pensait" va s'autoriser à penser des trucs. Journaux, radios, télés et web sont autant de théâtres où s'affrontent les milieux d'influence et où s'exerce une certaine paresse intellectuelle. Au détriment de l'information des masses. Au détriment de notre libre arbitre, donc. Car la démocratie, c'est le fait d'un peuple qui comprend la portée de ses choix. Votre serviteur parcourra l'univers impitoyable des médias, et quand son chemin croisera une tentative de nous prendre pour des jambons, il viendra mettre le coupable au piquet de la blogosphère. Qu'il soit de droite, de gauche, religieux ou laïc, beau ou moche, noir ou blanc. Je n'ai pas l'ambition d'améliorer le monde via ce petit outil. Juste celle de me faire un peu plaisir et, si c'est possible, de le partager. On ne vit qu'une fois, que Diable!  

A la bonne vôtre donc, et maintenant... si on pensait?

SOP.